L’ordre de Thulé

Hyperborée

•le Mythe souillé par l’Histoire moderne•

Cornelis de Jode, Speculum Orbis Terrae, imprimée à Anvers en 1593, représentant l’hémisphère nord du globe terrestre.

L’odre de Thulé est une société remontant à l’antiquité germanique et à la volonté de réaliser l’unité politique et culturelle de l’Allemagne.  Elle tire son nom de Thulé, partie la plus septentrionale d’Europe et lieu mythique pour les anciens Grecs et Romains. Le nom de Thulé figure notamment dans l’Énéide du poète romain Virgile, et il est généralement admis que l‘Ultima Thulé  des anciens Grecs désignait les terres les plus au nord et tout particulièrement la Scandinavie. Certains membres de ce groupe pensaient que Thulé était ce qui subsistait d’un continent aujourd’hui disparu, appelé Hyperborée, et que ce continent était le berceau de la race aryenne. « Ultima Thulé » aurait été la capitale du premier continent colonisé par les Aryens.

Au départ, Thulé était une société de recherches ethnographiques. Sous la direction du professeur Félix Niedner, elle édita, à partir de 1912, une compilation en vingt-quatre volumes, Altnordische Dichtung und Prosa (en français Prose et poésie de l’Antiquité nordique). La guerre de 1914-18 dispersa ses collaborateurs. Un grand nombre en furent victimes. La paix revenue, le groupe se reforma, mais prit une orientation nouvelle sous l’influence de l’écrivain et professeur d’histoire Paul Rohrbach, qui a publié de nombreux ouvrages relatifs à l’Asie et au pangermanisme. Ce fut aussi Paul Rohrbach qui introduisit le Dr Karl Haushofer dans le groupe Thulé et qui finalement lui en confia la direction. Un autre membre influant fut Dietrich Eckart, lequel y introduisit le théoricien nazi Alfred Rosenberg. Jusque-là le groupe Thulé n’était qu’une sorte d’académie dilettante, légèrement snob. La Société Thulé, elle, a été créée par le baron Rudolf von Sebottendorff le 17 août 1918. Diffusée à Munich, l’idéologie de cette société prônait l’antisémitisme, l’antirépublicanisme, le paganisme et le racisme. Son symbole, la croix de Wotan, divinité pré-germanique,n’est pas sans rappeler la croix gammée. Le salut de Thulé « Heil und Sieg » (Salut et victoire) fut repris par Hitler qui le transforma en « Sieg Heil ». Ce salut, en liaison avec le bras levé, était un rituel magique utilisé pour la formation de voltes. Himmler y a largement puisé son fantasme d’une société allemande blonde aux yeux bleus, à l’image des anciens héros germaniques. Chef des SS, il participa aussi bien à la solution finale qu’à une autre opération moins connue, celle du « Lebensborn ». Il s’agissait d’un lieu où les femmes allemandes au physique conforme aux idéaux du nazisme pouvaient « rencontrer » des soldats SS.

Vers 1923, Rudolf Hess, revenu à Munich, devient l’un des animateurs de l’Ordre de Thulé, dont Hermann Göring est l’un des membres les plus célèbres. L’étrange voyage de Hess, considéré alors comme le dauphin de Hitler, vers le Royaume-Uni en 1941, expédition par laquelle il voulait négocier une paix séparée et qui a abouti à son incarcération, aurait selon certains un rapport avec son appartenance à la Société Thulé et aux desseins de cette organisation à ce moment de la guerre. Avec la croissance du NSDAP, le déclin de la société Thulé s’explique très bien. Sa fin définitive (tout comme la fin de l’Ordre des Germains lui-même) eut lieu plus tard lors du décret de 1937, qui interdisait toutes les loges franc-maçonnes et toutes les organisations apparentées aux loges. Quant à Sebottendorff, il se serait suicidé en se jetant dans le Bosphore en 1945.

L’idéologie de l’Ordre était fondée sur la croyance en l’existence de surhommes et d’une race humaine supérieure : les Aryens qui aurait vu le jour dans l’hypothétique Hyperborée. L’un de ses textes de référence est les Protocoles des Sages de Sion. Ce texte fut repris par Adolf Hitler comme pièce maîtresse de la propagande antisémite du Troisième Reich et par Alfred Rosenberg dans son ouvrage Le Mythe du XXe siècle. L’idéologie professée par la société Thulé s’inspire d’un corpus d’éléments ésotériques et mystiques puisés dans l’Ariosophie de Guido von List, chez Jörg Lanz von Liebenfels, Rudolf von Sebottendorff, Helena Petrovna Blavatsky, Arthur de Gobineau, et des théories aryano-centristes de certains archéologues allemands.

Selon plusieurs auteurs grecs et latins, il aurait existé dans des temps très reculés un continent situé à l’Extrême-Nord, qu’ils appelaient Hyperborée (Ultima Thulé), lequel aurait été peuplé d’hommes transparents. Ceux-ci, en s’alliant aux autres hommes, auraient donné naissance à des êtres humains de plus en plus opaques, mais leurs descendants auraient néanmoins conservé leurs facultés, supérieures à celles des humains ordinaires. Un des paradoxes de cette société est que plusieurs membres lisaient le Talmud dans le but de pratiquer l’occultisme et de formuler une théosophie anti-juive, alors que le Talmud est pourtant essentiel à la religion juive. Personne ne connaît exactement la liste complète des membres, ce qui a amené certains auteurs à échafauder des théories diverses sur d’adhésion de personnalités à une « section secrète » de la société Thulé notamment au sein de l’élite SS.

Des auteurs comme Werner Gerson dans l’ouvrage cité ci-après, Jacques Bergier dans le Matin des Magiciens, et Trevor Ravenscroft dans la Lance du Destin, rapportent que les membres de Thulé, considéraient Rudolf Steiner et ses disciples comme leurs pires ennemis. Steiner a été Secrétaire général de la section allemande de la Société théosophique, avant la fondation de la Société Thulé. Comme certains membres de la Société Thulé auraient aussi été membres de la Société théosophique, l’amalgame était facile.
René Alleau affirme avoir découvert en Allemagne la liste des membres de la Société Thulé, publiée en 1933 par R. von Sebottendorff, laquelle comprend 226 noms, mais pas celui de Rudolf Steiner. Dans sa liste, von Sebottendorff ne mentionne pas Hitler comme membre de la Société Thulé, mais écrit en 1933, qu’il fut fréquemment « l’hôte de la Thulé ».

Quelques uns des autres membres cités par divers auteurs sont : Rudolf von Sebottendorf, Adolf Hitler, Jörg Lanz von Liebenfels, Guido von List, Hermann Göring, Heinrich Himmler, Rudolf Hess, Alfred Rosenberg, Julius Streicher, Hans Frank, Bernhard Stempfle, Theo Morell.

Le mythe de Thule (EN)

•Le mythe de Thule•

Thule (Thula, Thyle, Thile, Thila, Tile, Tila, Tilla, Tyle ou Tylen) s’apprente dans certaines littératures à une île. Les anciennes cartes européennes l’ont décrites très loin dans le nord. Nord de l’Angleterre ou de la Scandinavie.

Ultima Thule dans la géographie médiévale devait être dénotée les distances qui séparent les terres connues des frontières du monde connu.

 

La dénomination Thule provient de l’explorateur grec de Marseille Pytheas (donné entre 330 et 320 avant notre ère). Rares sont les écrits de cet home parvenus jusqu’à nous, il n’indique pas avoir atteint le continent.

Il a simplement révelé qu’elle se situerai à six jours de navigation de la Grande Bretagne et à des latitudes proches du cercle polaire. A une journée de naviguation de Thulé, Pytheas dit avoir atteint le « poumon marin », donc avoir franchi les frontières du monde connu,

un endroit où la navigation n’est plus possible. Il s’agit certainement de la banquise.

 

Certains auteurs ont supposé qu’il s’agissait des îles Féroés, des Lofoten voire même du Groenland. De nos jours, on suppose plus justement que la fameuse île serait en fait de l’Islande ou de la Norvège, à l’époque considérées comme des îles.

Au IIe siècle av. J.-C., Antoine Diogène écrit Les Merveilles d’au-delà de Thulé (Tα υπερ Θoυλην απιστα), un ouvrage relatant ses voyages à Thulé et ailleurs.
Pline l’Ancien précise que des navires  partent des îles de Nérigon et de Scandie pour Thulé.

Le terme de Thule figure également dans les Géorgiques du poète romain Virgile. Chez les Romains, Extrema Thule désigne la limite septentrionale du monde connu. Ptolémée le situe au 63° N de latitude dans son ouvrage Géographie.
Durant l’époque médiévale, Ultima Thule est parfois utilisé comme le nom latin du Groenland alors que Thule désigne l’Islande.

Au XXe siècle, les mouvements pangermanistes (Société de Thulé) et l’extrême droite (dont l’écrivain français Jean Mabire) associent Thulé au mythique continent d’Hyperborée qu’ils considérent comme le « berceau » de la race aryenne.

De par sa position mythique extrême, Thulé est parfois employée pour désigner le point le plus au Nord, une espèce d’absolu indépassable, proche de l’idée de bout du monde.

Au XVIe siècle, Agrippa d’Aubigné fait une discrète référence à Thulé dans le livre VII des Tragiques :

« Tous sortent de la mort comme l’on sort d’un songe.
    Les corps par les tyrans autrefois déchirés
    Se sont en un moment en leurs corps asserrés,
    Bien qu’un bras ait vogué par la mer écumeuse
    De l’Afrique brûlée en Thulé froiduleuse.
    Les cendres des brûlés volent de toutes parts ;
    Les brins, plutôt unis qu’ils ne furent épars,
    Viennent à leur poteau, en cette heureuse place,
    Riant au ciel riant, d’une agréable audace. »

— Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques, livre VII

Références bibliographiques

 

 

♦ Énéide, Virgile   l’ Ultima Thulé entre 29 et 19 av JC

♦ Les Merveilles d’au-delà de Thulé,  Antoine Diogène IIe siècle Av JC

Livre VII des Tragiques,  Agrippa d’Aubigné  XVIe siècle

Altnordische Dichtung und Prosa,   Félix Niedner  1912

Sieg Heil,  Hitler

Ariosophie de Guido von List , rassemblements de théories loufoques aryano-centristes allemandes de Jörg Lanz von Liebenfels, Rudolf von Sebottendorff, Helena Petrovna Blavatsky, Arthur de Gobineau

Les Protocles des Sages de Sion, 1901, document supposé cannular russe

Le Matin des Magiciens  Jacques Bergie, 1960

♦ La Lance du Destin  Trevor Ravenscroft (1921-1989) EN non traduit

 

 

 

En complément

 

Ultima Thule, Jean Malaurie 1990 la grande aventure du pôle Nord, expéditions, découvertes et l’évolution de la vie des Esquimaux du XIXe siècle à nos jours.

Journal de bord de Pytheas, Ferdinand Lallemand 1956

Thule, le soleil retrouvé des hyperboréens, Jean Mabire 1975 présenté comme un journal de bord de notre « Mait’Jean », nous fait, en regardant vers le Nord, retrouver l’Ultima Thulé et les origines spirituelles de l’Être européen.

 

 

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