Le Diable et les enfers

Mythes et Légendes

LE DIABLE

Le Diable (en latin : diabolus, du grec διάβολος / diábolos, issu du verbe διαβάλλω / diabállô, signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « qui détruit ») est un nom propre général personnifiant l’esprit du mal (aussi appelé Lucifer ou Satan dans la Bible). Le mot peut aussi être un nom commun désignant des personnages mythologiques malfaisants, un ou des diables, avec une minuscule.

Dans le manichéisme, le « mal » est à égalité avec le principe du « bien », l’un et l’autre correspondant à dieu. Dans la tradition judéo-chrétienne, le « mal » et le « bien » ne sont pas égaux : les anges déchus étaient des créatures de Dieu qui n’ont pas été créés mauvais mais ont chu en se voulant les égaux de Dieu et en le rejetant ; eux et leur chef appelé « le Diable » tentent de répandre le mal en agissant auprès des hommes par la tentation. Ce faisant, le Diable a rejeté le bien et il est à l’origine du mal : « Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu’il n’y a pas de vérité en lui. Lorsqu’il profère le mensonge, il parle de son propre fonds ; car il est menteur et le père du mensonge » (Jean chapitre 8 verset 441).

À l’origine du mal, esprit du mal dans le monde, il est représenté sous un aspect qui varie entre l’homme et l’animal réel ou imaginaire (ours, bouc, dragon, rapace, etc.), le plus souvent aux traits hideux et repoussants.

L’existence d’une entité représentant la personnification du mal sous tous ses aspects et combinant les fonctions de maître de l’inframonde, destructeur du cosmos et responsable des pires aspects de l’humanité semble être apparue avec le monothéisme. L’élaboration de cette figure originale emprunte néanmoins aux religions polythéistes pratiquées au Moyen-Orient et aux influences desquelles les auteurs de la Bible furent soumis.

 

Personnifications du mal dans les religions polythéistes

Il semble que la notion de division de puissance en une force du bien et une du mal soit relativement récente dans l’histoire des croyances. Dans les cultes plus primitifs, le bien et le mal sont tous deux issus de la même déité, puisque celle-ci était considérée comme contenant tout ce qui existe. La même déité était donc à la fois capable de bien et de mal. Un exemple en est donné par la déesse à tête de lionne de l’Égypte antique Sekhmet qui détruisit l’humanité (sur ordre de Rê) mais était aussi vénérée pour son pouvoir de protection et de guérison. On peut aussi citer Loki, dieu scandinave qui tua vicieusement Balder, mais qui sauva le domaine des dieux Aesirs de la géante Skadi.
Dans les religions primitives, chaque clan ou tribu possédait son dieu avec tous ces attributs, cause du bien et du mal qui arrive aux hommes. Le polythéisme est considéré, dans cette argumentation, comme un rapprochement des divers clans, chacun possédant sa propre divinité. L’union du dieu mâle et d’un dieu femelle reflète l’union réussie et égalitaire de deux clans. Lorsqu’au cours du rapprochement de deux clans une divinité en remplace une autre pacifiquement, elle est alors décrite comme ayant été engendrée par l’ancien dieu : elle est le fils ou la fille de ce dieu alors déchu et dont le culte devient secondaire.
Enfin, et c’est là que l’origine du principe du mal personnifié pourrait résider, lorsqu’un clan est belliqueusement conquis, la déité du clan se voit attribuer tous les principes mauvais et était considérée par les conquérants comme la source de tout le mal et, par conséquent, devenait source de peur et de crainte. Un exemple de cette théorie est donné par l’évolution du culte de Seth (Setekh) dans l’Égypte antique au profit de celui d’Horus, voir paragraphe ci-dessous consacré à l’Égypte.
La plupart des religions précédant le christianisme intègrent un ou plusieurs dieux incarnant le mal, qui par certains aspects rappellent le Diable des religions monothéistes. Contrairement à la vision chrétienne cependant, ces divinités ont généralement un double visage et parallèlement à leur dimension malveillante, sont l’objet d’un culte pour leurs aspects positifs. Elles ne sont en outre fréquemment la cause que d’une des facettes du mal et de ses manifestations.

 

Mésopotamie

La religion mésopotamienne est l’une des premières à représenter l’univers comme le champ de bataille de l’affrontement cosmique entre le bien et le mal. L’épopée de Gilgamesh, le plus ancien texte connu, marque déjà la première apparition d’un personnage diabolique dans la figure de Huwawa. Ce géant monstrueux garde la forêt de cèdres dans laquelle Gilgamesh veut couper le bois qui manque à son peuple. Gilgamesh occit le monstre mais n’en retire aucune gloire et se voit au contraire puni par Enlil, seigneur du ciel et roi des dieux. Huwawa au-delà de ses aspects terrifiants (« son rugissement est comme celui d’une tempête, sa bouche est le feu et son souffle est la mort ») représente en effet une force naturelle au caractère sacré.

 

Perse

Zarathoustra bouleverse la religion perse (le mazdéisme) en remplaçant les dieux existants par deux entités, l’une bénéfique, Ahura Mazda, dieu de la lumière apportant l’ordre, l’autre Ahriman ou Angra Mainyu, présidant aux forces destructrices. Cependant, Ahriman est subordonné à Ahura Mazda. Cette interprétation donne au dieu bienveillant le rôle de juge ultime qui laisse les démons tenter l’humanité et n’intervient qu’en dernier recours pour empêcher la victoire du mal.

 

Égypte

Les Égyptiens n’avaient pas à proprement parler de Diable dans leur panthéon. Le mal pourrait être associé à Seth qui découpa son frère Osiris. Pour ce qui est de l’au-delà ; la tradition voulait que la déesse Maath pèse le cœur des morts à l’aide de la plume de la vérité. Si l’homme avait des choses à se reprocher alors le cœur était plus lourd que la plume et le condamné finissait avalé par une hideuse créature mélangeant hippopotame, lion, serpent et se retrouvait alors selon leurs croyance dans le néant. Anubis, souvent considéré a tort comme le diable égyptien n’avait d’autre rôle que de guider les morts et de veiller sur la nécropole où étaient admis les gens jugés dignes d’y rester. Pour les peuples de Basse Égypte, Seth était un dieu bienveillant, rôle occupé par Horus (et Osiris) en Haute Égypte. Lors de l’unification de la haute et de la basse Égypte, Horus et Seth devinrent, dans un premier temps, frères, et furent vénérés comme un dieu bifide Hâpy, puis, le temps aidant, Seth fut considéré comme inférieur à Horus pour finalement personnifier la source de tout mal, le Satan de l’ancienne Égypte. Seth fut fréquemment représenté comme un serpent noir, un porc noir ou encore par un homme aux cheveux roux (les mots rouges et désert – la basse Égypte où Seth était vénéré est désertique – sont très proches l’un de l’autre en hiéroglyphique égyptien). On trouve un point de vue intéressant sur la confrontation d’Horus et de Seth dans  » la magie d’Hénok « , en particulier dans la quatrième partie. Hiramash y avance l’idée que Seth était le dieu de la Volonté, représentant l’époque matriarcale de l’Humanité, tandis qu’Horus était le dieu de l’Amour, représentant l’époque patriarcale qui aurait suivi. Horus aurait, selon cet auteur, évincé Seth pour installer un règne de puissance, prétextant l’Amour pour se détourner de la sexualité et des forces de la Terre ; Seth est alors « requalifié en Diable » par Horus le vainqueur, et par conséquent tout ce qui est féminin sera désormais considéré comme au mieux inférieur, au pire diabolique. Toujours selon cette hypothèse, le règne d’Horus marquerait le début des grandes institutions, des États et des polices dans le monde entier.

Grèce

– Si la distinction entre le bien et le mal est parfois diffuse, de nombreuses déités présentant deux facettes, l’une bienveillante et l’autre malveillante, Hésiode affirme néanmoins que les mauvaises actions sont punies par les dieux qui confient aux Érinyes la tâche de tourmenter ceux qui vont contre les lois du cosmos. C’est avec Platon qu’apparaît une distinction plus claire entre l’aspiration au monde des idées et la tentation de céder aux besoins matériels (une opposition inspirée notamment par le combat de Zeus et Dionysos contre les Titans).
– Si la Grèce antique est le berceau de la philosophie, les philosophes grecs ont cependant eu une faible influence sur la vision anthropomorphique que leurs contemporains, dans toutes les strates de la société, avaient des dieux et expliquaient encore par des travers très humains les vicissitudes de leur existence.
– La mythologie grecque a marqué la représentation du démon dans le christianisme médiéval, en particulier à travers Hermès (le messager des dieux est en effet également le dieu des voleurs et celui qui mène les morts dans l’infra-monde) mais surtout son fils, Pan. Celui-ci transmettra en effet au diable cinq de ses traits de caractère les plus reconnaissables : les sabots, les cornes, le bouc, les pattes velues et l’odeur pestilentielle. Satan héritera en outre de sa dimension de personnification de l’érotisme.Le Diable dans les religions abrahamiques

D’un point de vue théologique, le diable est considéré comme un ange révolté contre Dieu, déchu et précipité en enfer (sur terre), qui pousse les humains à faire le mal. Si certaines traditions considèrent que le mal vient aussi de Dieu, et que le diable n’est qu’un de ses aspects ou de ses agents, la plupart lui donnent une dimension autonome. Dans ce cas, selon certains, Dieu laisse dans une certaine mesure le champ libre au diable, tout en conservant la possibilité de le ré enchaîner, alors que pour les Manichéens la lutte entre ces deux forces ne peut être arbitrée que par l’Homme. En particulier, sous l’influence d’Augustin d’Hippone et d’autres Pères de l’Église qui voient dans la recherche effrénée de l’érotisme un obstacle à la vie de l’âme, les artistes se tourneront vers Pan comme source d’inspiration pour la représentation d’un démon qui en faisant paraître les séductions terrestres comme des absolus, détourne de la vie spirituelle.

Judaïsme

Le judaïsme est monothéiste. Dieu est adoré pour sa bonté et redouté pour sa colère ; il est unique, transcendant, omnipotent et éternel : « Je forme la lumière et je crée les ténèbres, je fais le bonheur et je crée le malheur : c’est moi, le Seigneur, qui fais tout cela. » Le concept de Diable est associé dans la Bible à trois figures : le Serpent de la Genèse, l’ange déchu évoqué par les Psaumes, Isaïe et Ézéchiel ; le Satan évoqué par le Livre de Job et le Premier livre des chroniques.

Serpent

Dans la Genèse, un serpent, doué de parole et résidant dans le jardin d’Éden, séduit la première femme, Ève, l’incitant à manger du Fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, ce qui entraînera l’expulsion du jardin d’Éden, et vaudra au Serpent d’être maudit, de marcher sur le ventre (il n’était donc pas apode), et de manger de la poussière tous les jours de sa vie. De plus, sa postérité et celle de la femme se livreront une guerre constante, on lui écrasera la tête, il leur blessera le talon (Gen. 3:14-15).

Le Nahash n’est pas nommé ni identifié à Satan dans le Livre de la Genèse, ni à une divinité comme dans les autres systèmes de croyance, quoiqu’il apparaisse comme un des rares animaux du Pentateuque à pouvoir parler. Le mot que la Bible emploie pour « rusé » (עַרְם / ‘eirom) est très proche de l’adjectif « nu » (עָרוּם / ‘aroum).

Anges déchus

Le Psaume 82, préfigurant la descente aux enfers de Satan, indique : « Dieu s’est dressé dans l’assemblée divine, au milieu des dieux, il juge : […] Je le déclare, vous êtes des dieux, vous êtes tous des fils du Très-Haut, pourtant vous mourrez comme les hommes, vous tomberez tout comme les princes. »
Le Livre d’Isaïe contient un passage qui a été interprété comme une mention de la chute de l’ange rebelle : « Te voilà tombé du ciel, Astre brillant, fils de l’aurore ! Tu es abattu à terre, Toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton cœur : Je monterai au ciel, J’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu ; Je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, A l’extrémité du septentrion ; Je monterai sur le sommet des nues, Je serai semblable au Très Haut. Mais tu as été précipité dans le séjour des morts, dans les profondeurs de la fosse. » La raison de la chute semble résider dans un orgueil et une volonté de s’égaler à Dieu et cette opinion a prévalu dans la tradition chrétienne. Ce passage du livre d’Isaïe pourrait faire référence au roi déchu de Babylone, ce que semble clairement confirmer la suite (Isaïe 14, 4).
Le Livre d’Ezéchiel fait également référence à un ange déchu, un « chérubin protecteur » : « Je t’avais installé, et tu y étais, sur la sainte montagne de Dieu […] et ce jusqu’à ce qu’on trouve de l’injustice en toi. »
Par la suite, cette autonomie sera reprise et développée mais hors du canon biblique, dans la littérature apocryphe et les croyances populaires. Ainsi, le Livre d’Hénoch en particulier décrit la corruption des anges gardiens, séduits par les « filles de la terre ». Cette version présente dans le texte éthiopien, cohabite avec celle d’un autre texte plus récent appelé le livre d’Hénoch slave, qui présente l’ambition de défier Dieu en se plaçant sur un pied d’égalité comme l’origine de la chute de Lucifer. Cette littérature établit donc un lien entre le démon et la sexualité, ainsi qu’avec les femmes qui sera largement repris et amplifié au Moyen Âge, bien que ces passages ne soient pas inclus dans le canon de l’Ancien Testament juif ou chrétien.

Satan

Après l’exil et la réduction en esclavage à Babylone au VIe siècle av. J.-C., les Juifs s’interrogent sur leur statut de peuple élu. L’incompréhension des Juifs qui peinent à accepter leurs propres péchés comme seule justification des fléaux qui s’abattent sur eux amène à des développements théologiques dont on retrouve la trace principalement dans le Livre de Job. Ce passage marque en effet la première apparition explicite de Satan. Littéralement « adversaire » ou quelqu’un qui s’oppose, le personnage apparaît plusieurs fois dans l’Ancien Testament et peut-être traduit de différentes manières en fonction du contexte ; le Livre de Job est néanmoins la première apparition nominative, explicite (on ne parle plus de « serpent » par exemple) de celui-ci. Il y apparaît comme un tourmenteur de l’humanité, personnifiée pour l’occasion par Job, un tourmenteur que Dieu ne laisse agir que dans les limites de ce que l’humanité peut supporter et pour rendre volontaire son choix de Dieu. En effet, Satan, soutient à Yahvé que la fidélité de Job n’est que le résultat des bontés qui lui ont été accordées et que si sa foi était mise à l’épreuve, sa loyauté ne durerait pas. Satan se voit donc accorder par Dieu la liberté de faire le mal dans le seul but de tester la sincérité de la foi de Job. Alors le Seigneur dit à l’Adversaire : « Soit! Il est en ton pouvoir ; respecte seulement sa vie ». Cependant, malgré toutes les épreuves, Job ne renie pas son dieu : « Sorti nu du ventre de ma mère, nu j’y retournerai. Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté : Que le nom du Seigneur soit béni. » L’essentiel du texte du Livre de Job est constitué par le dialogue avec ses quatre amis au cours duquel Job exprime la détresse de l’humanité face à une adversité qu’elle ne parvient pas à s’expliquer. Ce texte est fondamental dans la compréhension du personnage de Satan dans la tradition judéo-chrétienne. Il y est nominativement mis en scène et s’il n’a pas le statut d’égal de Dieu, il a son autonomie.
Dans le premier livre des Chroniques, le mot śāṭān apparaît à la forme indéfinie et c’est le seul endroit dans la Bible hébraïque où cette forme désigne peut-être un nom propre (« Satan ») et pas un nom commun (« un satan »). Ce passage indique que c’est Satan qui a incité David à recenser le peuple. Dans le passage parallèle du premier livre de Samuel9, c’est pourtant Yahweh qui est à l’origine de ce recensement. Différentes explications ont été proposées pour expliquer ce transfert de responsabilité de Yahweh à Satan. Lorsque l’auteur des Chroniques retravaille le livre de Samuel, il a pu vouloir exonérer Yahweh d’un acte manifestement condamnable. Une autre explication y voit une réflexion sur l’origine du mal dans la littérature biblique tardive. La littérature ancienne, dont Samuel, ne connaît qu’une seule cause dans l’histoire humaine : Yahweh. Le Chroniste semble proposer un nouveau développement en introduisant une cause secondaire, Satan.

 

Représentations

Les symboles associés au Diable.
Une vision de l’enfer, avec un diable (diablesse ?) écrasant les damnés (bas-relief du portail du Jugement Dernier de la cathédrale Notre-Dame de Paris).

 

Parler du diable est une chose familière et commune aux Chrétiens. Sa nature et ses pouvoirs sont définis peu à peu et si les théologiens débattent de ces questions sur le plan spirituel, la masse des croyants conserve une vision très imagée du démon. Le Malin est généralement représenté comme une figure humaine dégénérée plus que comme un monstre surnaturel. Sur le plan profane, les contes populaires qui le mettent en scène font de lui un adversaire sans grand pouvoir et aisément trompé. Ses représentations sont d’ailleurs quasi inexistantes avant le VIe siècle (sa première représentation connue figure dans une église de Ravenne, sous les traits d’un beau jeune homme, un ange bleu assis à la droite de Dieu).
À partir du Haut Moyen Âge, l’iconographie chrétienne représente le diable comme un être anthropomorphe effrayant, velu, avec des cornes, des griffes et les caractéristiques du bouc (cornes, pieds et queue fourchue), représentations qui proviendraient du folklore de l’incube20, du dieu romain Pan ou encore des satyres. Cette iconographie ne devient vraiment courante et accessible qu’avec les églises romanes dont la statuaire et les vitraux donnent corps au démon décrit dans les Historiæ du moine Raoul Glaber qui est le premier, au début du XIe siècle, à décrire le diable issu d’un de ses songes comme un être de petite taille, la peau ridée, un visage difforme, le crâne allongé avec un museau de chien et des oreilles hérissées, une barbe de bouc, des griffes, les cheveux sales et raides, les dents d’un chien, une bosse sur le dos, les fesses pendantes, les vêtements malpropres.
Le diable sort de la sphère des théologiens et des monastères au XIIe siècle, les croyances populaires opérant un syncrétisme entre des forces surnaturelles païennes et des éléments chrétiens de base, aussi le diable prend-il des apparences innombrables.
La représentation du diable de plus en plus gros et bestial à partir du XIIe siècle traduit la volonté des Églises catholique et protestante d’éduquer la population par la peur (notion de l’ordre et intervention du démon lorsque les lois sont transgressées), par le biais de la littérature notamment (telle la démonologie qui se développe au XVe siècle ou la littérature des livres du diable (de) en Allemagne à partir des années 1545), mais, malgré la diffusion des ouvrages, cette pédagogie touche peu les masses populaires. Cette religion de la peur ne devient efficace qu’à partir du XVIe siècle et atteint son apogée au XVIIe siècle, comme en attestent l’œuvre sur les homélies dominicales de l’évêque Jean-Pierre Camus, les histoires des almanachs ou les faits divers relatés dans les « canards sanglants. La multiplicité des représentations folkloriques du diable fait que la pédagogie de la peur décline à partir du siècle des Lumières qui voit les philosophes combattre l’Obscurantisme religieux.
Par la suite, la représentation du Diable s’humanise, suscitant l’empathie des artistes qui le représentent, voyant en lui la face sombre des pulsions de l’Homme.
À partir du XIXe siècle, apparaissent les symboles les plus courants associés au Diable :

Les croix renversées ;
Le pentagramme (voir ci-dessus Dans la chrétienté) ;
Le serpent et les bêtes à cornes (bouc, etc.) ;
Le triangle noir, symbole de la haine.

La déchristianisation au XIXe et XXe siècles s’accompagne d’une régression de l’image terrifiante du diable, même si celui-ci peut réapparaître sous la forme de pratiques telles que le satanisme, le spiritisme ou la parapsychologie.

LES ENFERS

L’Enfer est, selon de nombreuses religions, un état de souffrance extrême de l’esprit humain après sa séparation du corps, douleur expérimentée après la mort par ceux qui ont commis des crimes et des péchés dans leur vie terrestre.

L’enfer (ou les enfers) désigne aussi le séjour des morts ou d’une partie d’entre eux. La définition de l’enfer et ses caractéristiques sont variables d’une religion à l’autre et sont parfois sujettes à différentes interprétations au sein d’une même religion. Ainsi, selon le bouddhisme, l’enfer est avant tout un état d’esprit de l’individu soumis aux désirs et passions.

Le mot enfer vient du latin infernus (« qui est en dessous »).

Origines mésopotamiennes

Les premières traces de l’enfer sont mésopotamiennes (environ 2000 ans av. J.-C.) : les Akkadiens et les Sumériens croyaient en l’enfer, en tant que lieu où se retrouvent les morts. Leur dieu de l’enfer est Nergal et leur déesse est Ereshkigal.

Dans la mythologie grecque

Dans la mythologie grecque, les Enfers (au pluriel) sont le royaume des morts. C’est un lieu souterrain où règnent le dieu Hadès et sa femme Perséphone.

Selon le judaïsme

Chez les juifs anciens, comme au sein des autres nations sémites, l’existence dans le sheol était considérée comme une perpétuation fantomatique de la vie terrestre, pendant laquelle les problèmes de cette vie terrestre prenaient fin. Le shéol était conçu comme un lieu souterrain où les morts menaient une vie léthargique. Plus tard, la prédiction du prophète du judaïsme Isaïe dans sa satire sur la mort du roi de Babylone, s’adressant en ces termes au tyran : « Te voilà shéol, dans les profondeurs de l’abîme » (Isaïe 14 15), donna naissance à l’idée selon laquelle il existerait plusieurs profondeurs au Sheol, en fonction du degré de récompense ou de châtiment mérités. Quoi qu’il en soit, chez les Juifs, la notion d’éternité en enfer n’existe pas.

Dans le judaïsme de la période du Second Temple, et dans la littérature intertestamentaire, l’influence grecque peut être vue dans les idées juives de la demeure des morts:

L’Hadès juif – est devenue un lieu où les morts pourraient être conscients.
Sein d’Abraham – une zone délimitée de l’Hadès où les justes attendent la résurrection.
Géhenne – le feu du Dernier Jour dans le Mishnah.

Selon le christianisme

Les premiers écrivains chrétiens utilisèrent le terme « enfer » pour désigner les limbes des pères, dans lesquels les âmes des justes décédés avant l’avènement du Christ attendaient leur rédemption, et qui sont mentionnés dans le Symbole des Apôtres, « Il [Christ] descendit aux enfers », le purgatoire, lieu de purgation des péchés véniels et qui conduit toujours au ciel, et enfin le lieu de châtiment de Satan et des autres anges déchus ainsi que de tous les mortels morts sans s’être repentis de leurs péchés. Cette dernière interprétation est la plus acceptée de nos jours.

La croyance dans l’existence de limbes pour les jeunes enfants non baptisés, où ils auraient joui d’une félicité naturelle mais où le bonheur suprême de voir Dieu leur était refusé, n’a jamais été officialisée par l’Église catholique avant d’être définitivement balayée le 19 avril 2007, comme contraire à l’universalité du salut offert par le Christ à tous ceux qui le veulent.

La durée des châtiments en enfer a fait l’objet de controverses depuis les premiers temps du christianisme. L’écrivain et théologien chrétien du IIIe siècle Origène et son école, l’école d’Alexandrie, enseignaient que ces châtiments avaient pour but de purifier des péchés, et qu’ils étaient proportionnels à l’importance des fautes commises. Origène soutenait qu’avec le temps l’effet purificateur serait obtenu chez tous, même les mauvais, que le châtiment finirait par cesser et que ceux qui se trouvaient en enfer pourraient enfin avoir droit au bonheur. Cette doctrine fut condamnée par le deuxième concile de Constantinople en 553, et la croyance en un châtiment éternel en enfer devint caractéristique des Églises orthodoxe et catholique. Elle passa également dans les symboles des Églises réformées, mais la doctrine de l’enfer fut rejetée par les penseurs les plus radicaux de la Renaissance.

L’EXORCISME

L’exorcisme est un rituel religieux destiné à expulser une entité spirituelle maléfique qui se serait emparée d’un être animé (humain ou animal) et, plus rarement, inanimé (objet). On peut appeler cela un démon.

Cette pratique est probablement universelle : elle est supposée en Mésopotamie dès le IIe millénaire av. J.‑C. et attestée dès le Ier millénaire av. J.‑C..

Probablement d’origine sémitique, on la retrouve rarement dans l’Ancien Testament : bouc émissaire chargé des fautes des Israélites et envoyé dans le désert (Lv 16,20-22) ; en revanche, Jésus le pratique à plusieurs reprises, ainsi que ses disciples qui « chassent les démons » en son nom : « guérison du possédé », Mt 8,28-34 ; Mt 9,32-34 ; Mt 12,22-24 ; Mt 15,21-28 ; Mc 1,23-28 ; Mc 5,1-20 ; Lc 4,33-36 ; Lc 8,26-39 ; Lc 11-14 ; Lc 13,10-17, etc.

On retrouve également la pratique de l’exorcisme dans les sociétés primitives pour lesquelles il constitue une réponse à la possession par le(s) démon(s), voire plus simplement à la maladie.

On le retrouve sous cette forme dans le chamanisme caucasien, les rituels africains et le vaudou.

L’exorcisme est historiquement institutionnalisé dans le christianisme catholique, particulièrement au Moyen Âge, ou luthérien, et il continue à être pratiqué à l’heure actuelle, soit au niveau symbolique et sacramentel (baptême), soit au niveau pratique (prêtres exorcistes). Dans l’islam, le Coran a en lui-même une valeur exorcistique par le biais de la pratique ésotérique de la Ruqiya, afin de lutter contre des djinns.

Le mot provient du grec ancien : ἐξορκισμός / exorkismós : « action de faire prêter serment », de ex-orkizein : « faire prêter serment, faire jurer à quelqu’un par le Seigneur » ; il passera directement en latin : exorcismus, exorcizare.

États du possédé

On distingue un état de calme et un état de crise. L’état de crise se traduit par des contorsions, des éclats de rage, des paroles impies et blasphématoires. Pendant la période de calme, tout est généralement oublié et le comportement redevient bien adapté, voire très pieux. Mais l’image que l’on peut en avoir est loin d’être univoque et ne ressemble probablement pas à celle qu’a retenu William Friedkin dans son film de 1973. Il est plus intéressant, pour s’en faire une idée de lire les écrits de Pierre Janet, De l’angoisse à l’extase ou Les médications psychologiques.

Symptômes de la possession

 

Selon les théologiens, il existe des signes permettant de porter le diagnostic de possession. Le rituel romain énonce trois symptômes essentiels parmi d’autres qui auraient une valeur analogue : malheureusement la traduction de ce rituel limite ces signes à trois alors que la version latine avance que ces signes « possunt » (peuvent être) entre autres ceux qui sont décrits mais cela n’est pas limitatif :

parler ou comprendre une langue inconnue (glossolalie) ;
découvrir les choses éloignées et secrètes (voyance) ;
faire montre d’une force inexplicable par l’habitus physique de la personne considérée (psychokinèse).

Les gestes pieux mettent le possédé dans une rage folle et le conduisent à blasphémer horriblement. L’amnésie de la possession est fréquente, et souvent constante.

Les marques du diable, pour l’Église du Moyen Âge, ne se limitaient pas aux trois signes aujourd’hui mentionnés par le rituel romain ; on donnait même la préséance à d’autres symptômes, tels que la lévitation et surtout des zones d’anesthésie, des points du corps anormalement insensibles (il s’agit, pour le neurologue moderne, d’un symptôme de lèpre à son début, de certaines maladies neurologiques ou d’un phénomène de nature hystérique. On peut surtout noter que la personne parle souvent seule).

À titre d’exemple, le cas de Carmen Trasfi, jeune cerdane servante du curé de Llívia (Catalogne), possédée durant quatre ans à partir de 1868, présente plusieurs de ces symptômes : elle s’attribue des noms de démons divers, parle avec des voix qui ne sont pas la sienne et dans des langues qui lui sont inconnues, elle est victime de convulsions et de crises d’hystérie, est insensible au piqûres de clous et ne saigne pas, et avale quantité d’épingles ou d’allumettes qui la laissent indemne et qu’elle recrache lorsqu’on lui fait boire de l’eau bénite.

ARTICLES ANNEXES

 

Article sur « L’associé du diable » de Taylor Hackford (1998)
Article sur « la neuvième porte » de Roman Polanski (1999)
Article sur la saga Malédiction (thème Ante-christ) (de 1976 à 1981)
Article sur « l’Exorcisme d’Emily Rose » de Scott Derrickson (2005)
Article sur (Série tv) The exorcist (depuis 2016)
Article sur « Insidious » de James Wan (2011)
Article sur « Paranormal activity  » de Oren Peli (2009)
Article sur « L’antre de la folie » de John Carpenter (1994)
Article sur « Demonic » de Will Canon (2015)
Article sur « Carrie » de Brian De Palma (1977)
Article sur « Evil dead remake » de Fede Alvarez (2013)
Article sur « Le dernier exorcisme » de Daniel Stamm (2010)
Article sur « Silent hill » de Christopher Gans (2006)
Article sur « Amityville » de Stuart Rosenberg (1979)
Article sur « The rite » de Mikael Håfström (2011)
Article sur  Silent hill les jeux vidéos par Konami

Article sur Possession d’Andrzej Żuławski (1981)

Post a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*